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Jean-Claude Brisseau, réalisateur du film Choses secrètes
投稿日 2003年6月1日
最後に更新されたのは 2016年2月22日
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Jean-Claude Brisseau, réalisateur du film Choses secrètes
 
Pour Franc-Parler, Jean-Claude Brisseau livre quelques clés et le dénouement de son dernier film Choses secrètes, l’histoire d’une double révolte. «Une révolte sociale de la part des deux filles et une révolte métaphysique de la part du jeune homme.»
Une œuvre encensée par Les cahiers du cinéma (interdit aux moins de 18 ans au Japon).

 
Franc-Parler: Sur quels critères avez-vous sélectionné les deux actrices principales?
Jean-Claude Brisseau: On peut dire les trois. Vous savez, ce n’est pas compliqué. D’abord un, étant donné qu’il y avait des séquences érotiques à faire dans le film, j’avais besoin de filles qui seraient capables de se prêter à ça. Et qui puissent être troublantes pas seulement aux essais, mais devant une caméra, donc devant toute une équipe, ce qui n’est pas aussi simple que ça. 
J’avais besoin que ces filles soient troublantes non seulement pour les hommes, mais aussi pour les femmes. Il fallait en plus que les filles soient bonnes comédiennes. Tous les rôles du film sont quand même assez compliqués et je tenais à ce que les filles puissent, je répète, alors qu’elles avaient un rôle difficile, donner l’impression qu’elles ne jouaient pas et qu’elles étaient comme dans la vie. Alors qu’en fait, il y a un gros, gros travail et c’étaient les deux gros critères. Et je leur ai fait faire des essais. La première, je la connaissais déjà, la petite Coralie, je la connaissais déjà parce qu’elle avait tourné dans mon film précédent et qu’on était amis depuis six ans. L’autre, elle est arrivée très tard. Mais il y a toute une série de comédiennes qui avaient refusé de faire les essais érotiques, chose que je comprends très bien d’ailleurs.

 
Franc-Parler: La simulation est un sujet très important de votre film…

Jean-Claude Brisseau: Oui. Vous avez même une séquence qui est une séquence clé, celle où la petite Sandrine (Sabrina Seyvecou) apprend à simuler ou tout au moins simule devant la caméra. C’est une scène qui en apparence est très simple, mais c’est une scène clé du film puisqu’on voit la fille qui simule et qui donc ment en acte et c’était d’ailleurs assez difficile à obtenir sur l’écran. Parce qu’il faut qu’on pense vraiment, les hommes mais surtout les femmes, qui sont quand mêmes plus promptes que nous à discerner le mensonge et à discerner la simulation, il fallait que les hommes et les femmes y croient, qu’on se demande à un moment — mais cette fille elle simule ou elle ne simule pas? Elle a un orgasme ou elle n’en a pas? Elle en a un et il fallait donc nécessairement que cette séquence ne soit pas trop longue et donc elle est plus courte que ce qu’auraient fait les filles dans la vie.
 Ça c’est la première chose. La deuxième, c’est que puisqu’on voit le mensonge, la simulation en acte, je ne pouvais pas découper, il fallait donc que ce soit un plan-séquence. Et on ne pouvait pas le recommencer pendant une éternité. Il fallait que les comédiennes soient bien. Pendant tout le film, à partir de là, on ne saura jamais si les filles quand elles sont en train d’avoir un orgasme, si elles jouent la comédie ou si elles ne jouent pas la comédie. Même quand il y a le commentaire off, on n’est pas très sûr et comme les filles mentent tout le temps, on est amenés, non seulement à voir qu’elles mentent puisque le spectateur le sait, mais de voir comment ellles le font. C’est-à-dire en mélangeant le vrai et le faux. Ce n’était pas si facile que ça à jouer pour les deux comédiennes. 
Tout le film repose sur un côté un peu factice. Factice, je m’explique. Un journaliste des Cahiers du cinéma m’avait dit: «Est-ce que vous vous êtes inspiré de Vertigo?» Je ne comprenais pas très bien pourquoi il me disait ça et il m’a expliqué qu’en effet quand on regarde Delacroix, Delacroix tombe amoureux fou d’une fille qui en fait lui joue la comédie tout le temps. Donc, il tombe amoureux de quelqu’un, pas d’une illusion, encore qu’à la fin il a très bien compris, mais de la même manière. En y réfléchissant quand on sait la fin et si l’on revoit le film dans sa tête, on devrait penser que c’est la même chose pour Sandrine vis-à-vis de Nathalie parce que Nathalie lui ment dès le début. Elle la manipule dès le début. Il y a quelqu’un derrière elle qui tire les ficelles. Tout ce qu’on voit à l’écran demande une double interprétation pratiquement.

 
Franc-Parler: La fin est théâtralisée…

Jean-Claude Brisseau: Ça dépend de ce que vous appelez par théâtralisée. Spectacularisée si vous voulez. Je suppose que que vous êtes en train d’évoquer toute la séquence d’orgies puis le meurtre de Christophe et l’apparition, apparition qui d’ailleurs est jouée par la même actrice, par Coralie Revel. C’est vrai qu’il y a un côté presque spectaculaire au sens du spectacle et presque lyrique. C’est exact. N’oubliez pas quand même que, et la séquence numéro un prépare à ça, c’est quand même le centre du film. Le centre du film quand on y réfléchit bien, c’est l’articulation entre les rapports passionnels, entre Christophe et Nathalie, c’est-à-dire Coralie Revel. C’est elle dans mon esprit quasiment le personnage principal, même si au niveau du film, c’est Sandrine, c’est elle qui raconte, on voit tout au travers de ses yeux. C’est vrai que j’ai donné un côté presque lyrique à tout ce passage entre autres, tout simplement parce que c’est le sujet du film. Nathalie donne à Christophe ce qu’il veut, c’est-à-dire la mort. En même temps, lui la sauve puisque contrairement aux apparences quand elle veut mourir par le feu, il lui dit — À quoi bon, tu n’existes déjà plus. Je sais que ça doit être difficile à entendre, ça a l’air d’être une marque de mépris total, mais en fait il la sauve une première fois. Il la sauve une deuxième fois quand elle va se tirer une balle dans le cœur et qu’il lui dit: «Ben non, tu ne vas pas faire ça, te retrouver de l’autre côté, c’est-à-dire peut-être avec le diable pendant l’éternité, quel ennui.» C’est vrai que c’est dur à entendre pour une femme, mais en même temps il la sauve et il permettra sa rédemption et l’acceptation de la vie sans les illusions. Alors elle, elle lui a donné ce qu’il voulait, la mort et le fait de passer de l’autre côté de la barrière, si cette barrière existe, la barrière de la mort, si quelque chose d’autre existe derrière.


 
Franc-Parler: Je vois que vous employez un grand nombre de termes religieux que l’on retrouve d’ailleurs dans le film avec des éléments comme une grande statue.

Jean-Claude Brisseau: C’est plutôt iconoclaste, la statue. Il y a un côté comme ça, de manière, non seulement je sais qu’il y a un côté presque blasphème vis-à-vis du christianisme, du personnage, puisque le personnage de Christophe, dans mon esprit est plus proche du Dom Juan de Molière, c’est-à-dire quelqu’un qui se révolte contre l’ordre divin et qui demande des comptes et qui a le courage d’ailleurs d’affronter éventuellement l’enfer. C’est pour ça d’ailleurs que c’est presque blasphématoire quand au moment de l’orgie finale, il est en train de dire: «Aimez-vous les uns les autres.»
 De la même manière le titre Choses secrètes a un double sens. D’abord, choses interdites, choses qu’on cache, c’est-à-dire dans le domaine de la sensualité, mais en fait si vous faites bien attention au dialogue quand Christophe est en train de se promener dans l’orgie, il est en train de dire, évoquant un texte hindou qui s’appelle La Bhagavad Gîtâ, un texte mystique, il est en train d’évoquer Dieu, le dieu hindou: «Et je suis la naissance de tout et la mort de tout et je suis la bonté et la miséricorde et le silence des choses secrètes.» C’est un texte presque mystique. Exactement comme ce qu’il est en train de dire au moment où il va faire l’amour avec sa sœur: «Car jamais nous ne fûmes ni moi ni ces rois, mais jamais nous ne cesserons d’exister.» C’est tiré du même texte.


 
Franc-Parler: Vous avez cité Dom Juan, j’avais plutôt l’impression que c’était une ambiance 18e siècle avec certaines scènes comme le dîner.
Jean-Claude Brisseau: Ça n’a rien à voir. Vous savez, on m’a même dit à un moment que je faisais des allusions aux Liaisons dangereuses. C’est possible, mais ce n’est pas ça qui était en vue. Il y a un côté libertinage surtout dans la deuxième partie qui peut renvoyer à ça. Quelqu’un m’a dit que j’évoquais Sade également. Moi je n’ai jamais été capable de le lire parce qu’il m’ennuyait un peu, sauf dans son côté philosophique et c’est vrai qu’il y a chez Sade une sorte de cri de révolte contre la morale traditionnelle tout au moins sur la morale chrétienne et ça se déroule au 18e siècle. Et c’était un libertin, encore que son libertinage l’a conduit à surtout imaginer puisqu’il a passé une bonne partie de sa vie en prison.

 
Franc-Parler: En France, c’est un film interdit aux moins de 16 ans. Sur quels critères ça s’est fait?
Jean-Claude Brisseau: Ça a failli être interdit aux moins de 18. Alors d’abord parce qu’il y a transgression à mon avis sur le sexe. Ce qui a failli, c’est un détail technique, ça a failli provoquer l’interdiction aux moins de 18 ans. C’est qu’à un moment dans le coin gauche de l’écran, on voit un sexe en érection. 
Je pense que l’interdiction n’a pas été liée au sexe parce qu’il n’y en a pas tant que ça finalement, mais à ce côté transgression des interdits, inceste, et puis également au fait que depuis plusieurs années les autorités politiques, elles étaient à gauche ou à droite, ont recommencé à créer dans les sphères dirigeantes un esprit plus puritain. Ces choses étant dites, il est évident qu’un film comme le mien n’a pas à être montré aux enfants. Que le film soit interdit aux moins de 16 ans, je trouve cela parfaitement légitime.
 
Juin 2003
Propos recueillis: Éric Priou



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