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Patrice Leconte, réalisateur du film La veuve de Saint-Pierre
投稿日 2000年10月1日
最後に更新されたのは 2016年8月15日
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Patrice Leconte, La veuve de Saint-Pierre
 
Les films de Patrice Leconte se succèdent sans se ressembler: dramatiques (Monsieur Hire), comédies (Les grands ducs), satire historique (Ridicule). Le réalisateur français actuel certainement le plus connu au Japon présente sa dernière grande fresque La veuve de Saint-Pierre.
 
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© Franc-Parler
Franc-Parler: Le point de départ de La veuve de Saint-Pierre, c’est un fait divers…
Patrice Leconte: Oui c’est exact. C’est un fait divers très très simple, qui s’est passé à Saint-Pierre et Miquelon, d’un type qui un soir de beuverie a tué, c’est le geste le plus idiot du monde, un type, son ancien patron. Il a été jugé, condamné à mort mais il n’y avait rien pour exécuter la sentence puisqu’à Saint-Pierre à cette époque, il n’y avait pas de guillotine et encore moins de bourreau. Et donc, ce type a attendu pendant des mois et des mois la venue de sa guillotine, qu’on appelle la veuve en argot d’où le titre, et qu’on mette la main sur un bourreau. Et pendant ce temps-là, il a été réhabilité, il s’est rendu utile à la population, il est même devenu une figure locale assez importante, mais on l’a quand même exécuté. Et ç’a été le seul condamné à mort exécuté de toute l’histoire de Saint-Pierre et Miquelon. Il n’y en a jamais eu d’autre et la guillotine qui doit pourrir là-bas dans un coin n’a servi que pour guillotiner une personne, ce qui est déjà trop. Ça c’est le fait divers dans sa plus simple expression et tout ce qui a été inventé autour, c’est évidemment l’existence de ce capitaine, de Madame La et de ce réseau sentimental ou émotionnel qui les unit tous les trois. Ça, c’est le romanesque de l’histoire.
 
Franc-Parler: Cette sorte de plaidoyer contre la peine de mort, c’est un engagement personnel?
Patrice Leconte: Non, pour deux raisons. C’est parce que quand j’ai accepté de faire ce film, quand j’ai accepté avec enthousiasme de faire ce film, ce qui m’a motivé c’était davantage l’histoire d’amour que le fait que le film parle de la peine de mort. Ce n’est pas parce que la peine de mort ne m’intéresse pas ou ne me concerne pas, mais j’ai quand même l’impression que faire de nos jours un film contre la peine de mort, c’est vraiment monter un combat d’arrière-garde. Qui est pour aujourd’hui? Oui je sais il y a encore des gens et des États, les États-Unis où ça marche encore, hélas. Bien sûr, je sais tout ça, mais j’aimais beaucoup l’idée que ce sujet de la peine de mort soit en plus, en dessous, entre les gens, entre les lignes mais ne soit pas un sujet prépondérant et pourquoi pas, un peu indigeste qui soit en tête de ligne. Je voulais que ça rôde en dessous, que la mort rôde derrière cette histoire d’amour, mais ce n’est pas un film plaidoyer avec le poing levé en disant plus jamais ça, non. Ce n’est pas mon genre. C’est bien si ça passe mais ce n’est pas tonitruant, voilà.
 
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© Franc-Parler
Franc-Parler: Comment qualifier, comment expliquer ces rapports ambigus entre les trois personnages, ce trio?
Patrice Leconte: Pour moi, il n’est pas si ambigu que ça, Le capitaine et Madame La s’aiment manifestement d’un amour indéfectible, charnel, fort, sincère, un vrai Amour avec un A majuscule. Mais cet amour-là n’empêche pas que Madame La soit troublée, émue, bouleversée ou les trois à la fois par l’irruption d’un autre homme, en l’occurrence Neel Auguste. Parce que cet homme a une espèce de charme cabossé, parce que cet homme a tué quelqu’un, parce que cet homme va être guillotiné et qu’elle est contre ça, parce que tout ça, quoi. Donc, il y a une espèce de trouble, comme un nuage qui plane autour de la tête de Madame La. Elle n’en n’aime pas moins son mari, elle ne le quittera jamais, mais ça ne l’empêche pas d’être troublée par quelqu’un d’autre. Voilà, en fait c’est presque banal, quoi.
 
Franc-Parler: On retrouve certaines ambiances, certaines images de Monsieur Hire, les doigts qui se frôlent, les mains qui se touchent.
Patrice Leconte: Oui, c’est embêtant si je fais trop des choses que j’ai un peu faites mais enfin c’est vrai que j’ai toujours eu un plaisir énorme à filmer avec insistence, avec précision des détails qui pour moi évoquent beaucoup. Je crois toujours que dans une scène, que ce soit une scène de la rue, que ce soit dans une pièce, que ce soit n’importe où, on peut évoquer quelque chose de vaste avec juste un bouton de sonnette, enfin j’exagère, mais voilà. Et j’aime bien chercher ça, ce détail évocateur de l’ensemble. Alors c’est vrai que régulièrement dans mes films, je suis à l’affût de ça.
 
Franc-Parler: Le capitaine avait des ordres, il a désobéi, que pensez-vous de cet acte de subversion?
Patrice Leconte: C’est une subversion magnifique car il a désobéi pour une seule raison, c’est qu’il a désobéi pour l’amour de sa femme. Il n’a pas désobéi que pour tenir tête aux autorités, il a désobéi parce que l’amour est plus fort que les règles, militaires, les lois etc. L’amour est plus fort et il est d’autant plus fort que c’est un amour presque suicidaire puisqu’il sait très bien qu’en bravant l’autorité qu’il court à sa perte, qu’il va passer en cours martiale. Mais c’est une tête brûlée, c’est un marginal de l’armée. Ce n’est pas un militaire qui est vraiment dans le rang, il a quelque chose de fêlé, il a quelque chose de romantique sûrement. Mais par amour pour sa femme, il brave l’autorité, même sachant que tout ça va le mener à sa perte et il n’y a pas de preuve d’amour plus désespérée, plus magnifique que ça. C’est comme quelqu’un qui, par amour, boirait du poison en sachant que c’est du poison, mais s’il doit boire du poison pour l’amour d’une femme, il est d’accord pour boire le poison. Oui, c’est très romantique.
 
Franc-Parler: Et le poids de la fatalité?
Patrice Leconte: Ça participe du même mouvement. La fatalité, le destin sont deux choses que j’aime bien voir dans ce film parce qu’il y a d’un côté le capitaine qui accepte avec fatalisme ce destin qui va être le sien, par amour. Et puis il y a une femme, Madame La qui sait que le destin existe, qu’on ne change pas le cours du destin. Mais qui va quand même tout faire pour essayer de faire dérailler le destin et pour que Neel Auguste ne soit pas guillotiné etc. Elle sait que c’est peine perdue mais elle se bat quand même. Et je trouve qu’il n’y a rien de plus magnifique que quelqu’un, que ce soit Madame La ou n’importe qui d’autre, qui se bat en sachant qu’il a une chance sur mille de gagner. Et cette chance sur mille, elle la joue et je trouve ça formidable.
 
Franc-Parler: Pour vous, c’est un public important, le public japonais?
Patrice Leconte: Oui, très important. D’un seul coup à partir du Mari de la coiffeuse, il y a eu tout un mouvement très très fervent à propos de mon travail et puis il y a eu d’autres films que j’avais faits avant qui sont sortis. Tous les films que j’ai faits sont sortis ici, et certains ont eu au Japon, et cela me touche beaucoup, plus de succès qu’en France. Ça rend heureux.
 
Franc-Parler: Vous alternez de grandes fresques et des œuvres plus intimistes…
Patrice Leconte: Oui, c’est-à-dire que j’aime bien me balader. Si après La veuve de Saint-Pierre, j’avais dû aborder un autre projet de cette ambition-là, de ce budget-là avec cette lourdeur, j’adore ça, ce n’est pas la question…Mais, c’est un tournage lourd, un tournage comme La veuve de Saint-Pierre, donc ça entame un peu, pas le moral, mais l’énergie en prend un coup quand-même. Et moi ça me va très bien, c’est ce que j’ai fait puisque j’ai fait un autre film depuis. Ça va très bien d’aborder un film comme celui que j’ai fait, qui est celui d’un budget limité, qu’on a tourné très vite en moins de sept semaines. On peut faire de la peinture de l’huile sur toile et on peut faire des croquis. C’est intéressant aussi, quoi.
 
Octobre 2000
Propos recueillis: Éric Priou



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