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La francophonie au Japon

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L’auteur de haïkus Dominique Chipot
投稿日 2014年3月1日
最後に更新されたのは 2016年4月13日
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Dominique Chipot – Les figures du haïku de France
 
Le haïku n’est plus un genre littéraire réservé à langue japonaise depuis bien longtemps déjà. Le centenaire de la Grande Guerre est l’occasion pour le poète Dominique Chipot d’établir une anthologie de haïkus français écrits sur le vif par des hommes ayant vécu le conflit. La brièveté des textes concourt à retranscrire la fulgurance des chocs.
 
Dominique Chipot ©Philippe Barnoud
Franc-Parler: Vous êtes le directeur et fondateur de Ploc¡, la revue du haïku francophone. À ce titre, pourriez-vous dresser un petit portrait de la situation du haïku en France?
Dominique Chipot: Le haïku en France, c’est quelque chose qui a commencé il y a plus d’un siècle et aujourd’hui, c’est assez développé puisque j’estime qu’il y à peu près, les chiffres comparés au Japon, c’est très minime, mais il y a à peu près 5000 personnes qui essaient d’en écrire occasionnellement ou passionnément. On a un reflux, si vous voulez, il y a 1250 abonnés, donc ça donne une petite idée des chiffres.
 
Franc-Parler: Au niveau enseignement, les professeurs aiment bien utiliser ce moyen pour développer les facultés littéraires des élèves…
Dominique Chipot: Oui, les enseignants ont droit à l’option. C’est conseillé par le ministère de l’Éducation mais ce n’est pas une obligation. Ils ont l’option d’utiliser le haïku pour intéresser les élèves à la fois à la poésie, mais je dirais aussi à la langue puisque le haïku a cette particularité d’obliger à être concis, donc de bien choisir ses mots, donc de bien réfléchir au sens des mots qu’on emploie. Et les instituteurs, les enseignants aiment bien utiliser le haïku. En plus, il y a beaucoup d’expériences interdisciplinaires qui sont tentées dans les écoles, donc des haïkus avec des photographies, de l’art plastique.
 
Franc-Parler: Le fait d’employer le français, est-ce que ça crée de nouvelles contraintes par rapport au 5-7-5, aux 17 syllabes?
Dominique Chipot: En France, on va dire qu’il y a deux formes de haïkus. Il y a ceux qui veulent absolument rester dans la forme 5-7-5, avec plus ou moins une syllabe et puis ceux qui s’offrent encore plus de liberté et qui ne respectent pas cette contrainte. Aujourd’hui, malgré tout, on reste arrêtés à 17 syllabes maximum. Cette obligation, cette contrainte, elle est intéressante dans l’apprentissage parce que ça oblige effectivement à se poser pas mal de questions sur la structure-même du haïku qu’on est en train d’écrire et notamment à s’intéresser à des composantes comme la césure ou comme les mots de saison. Mais après, souvent les auteurs ne se cantonnent pas dans cette contrainte, ils préfèrent l’esprit du haïku à la forme. Et aussi parce que tout écrit de 17 syllabes sur 3 lignes n’est pas nécessairement un haïku. On a des auteurs, si vous voulez, qui vont écrire des pensées, des textes qui n’ont pas tellement de sens en 17 syllabes, ce n’est pas forcément un haïku.
 
Franc-Parler: Le français utilise sujet et verbe, n’est-ce pas une difficulté pour faire des haïkus, de façon aussi concise?
Dominique Chipot: Ça peut l’être effectivement. C’est-à-dire que l’avantage du japonais, c’est de ne pas être une langue précise comme le français, donc les 17 syllabes permettent d’ouvrir un champ assez vaste alors que dans le haïku, on s’emploie à rester un petit peu flou, on va dire, pour restituer une certaine ambiance. On utilise souvent cet exemple: pour nous, le haïku, ça peut être à la fois une photographie mais aussi ça peut être une photographie des sens parce que la photographie a l’inconvénient que de n’être que visuelle. On compare le haïku un peu à une aquarelle, par rapport à une peinture à l’huile, qui est dans notre culture quelque chose où chaque millimètre carré de la toile est recouvert alors que dans l’aquarelle, c’est une peinture légère avec une grande part laissée aux blancs.
 
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Franc-Parler: Votre activité vous a amené récemment à créer une anthologie des haïkus de la guerre de 14-18. D’où est partie cette idée?
Dominique Chipot: En fait, je m’intéresse particulièrement à l’histoire du haïku et du tanka français, donc, depuis 10 ou 15 ans. Au fur et à mesure de mes recherches, j’avais un petit peu collecté quelques haïkus de guerre et puis, il s’est trouvé que René Maublanc, c’est un philosophe qui a exercé des années 20 aux années 60, s’est intéressé dans les années 20-25 à vulgariser le haïku en France et j’ai eu la chance qu’on me prête ses correspondances et puis ses brouillons sur les haïkus. Et j’ai retrouvé beaucoup d’inédits de haïkus de guerre. J’ai eu envie de les partager, ce qui fait que j’ai rajouté ces haïkus aux haïkus déjà collectés et déjà publiés comme principalement ceux de Julien Vocance. Julien Vocance étant le poète qui a vraiment donné ses lettres de noblesse au haïku français. En 14, il était dans les tranchées et il a noté ses impressions à la fois de tranchées et d’hôpital de guerre puisqu’il a été gravement blessé. Donc, il a noté ses impressions à partir de haïkus et grâce à lui, il a entraîné certains auteurs à noter leurs souvenirs de guerre sous la forme du haïku. Donc, ayant retrouvé un petit peu tout ça, et étant donné que c’était le centenaire de la guerre de 14, j’ai eu envie de partager ces textes que je trouve très forts, très émouvants. Ça va, comme le titre le dit, ça va en pleine figure, ça va en pleine gueule et donc on ne reste pas indifférent à ce genre de poésie. Il a été vraiment le premier, c’est le deuxième auteur de haïkus français, le premier étant Paul-Louis Couchoud, mais il a vraiment écrit sous différentes formes des haïkus qu’aujourd’hui on considérerait trop longs. Ils ne seraient pas considérés comme des haïkus parce qu’il a largement dépassé le cadre des 17 syllabes.
 
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Franc-Parler: Vous êtes anthologiste, qu’est ce que cela apporte ou enlève éventuellement à votre propre travail d’écriture?
Dominique Chipot: Par rapport à mon propre travail, cette anthologie, je dirais, c’est le deuxième volume d’une trilogie que j’ai voulu réaliser sur l’histoire du haïku français. Le premier volume, c’est un essai sur Paul-Louis Couchoud, un philosophe de Normale-Sup, qui a eu une bourse de voyage que lui a donnée le mécène Albert Kahn. Il a voyagé autour du monde pendant 2 ans et il s’est arrêté 9 mois au Japon. Il est revenu en France, il aurait bien voulu rester plus longtemps, parce qu’il était hébergé par un autre Français mais la guerre russo-japonaise l’a obligé à quitter le pays donc, il est revenu en France avec le haïku dans ses bagages. Et en 1905, avec 2 amis, André Faure et Albert Poncin, ils sont montés sur une péniche, ils ont échangé leurs bras pour décharger les cargaisons de sucre. c’étaient de jeunes hommes. En contrepartie, ils ont demandé à être hébergés sur la péniche. Ils sont partis pendant tout le mois de juillet 1905 de Paris à la Charité-sur-Loire. Leur but était d’écrire des haïkus comme les poètes japonais qui voyageaient dans le pays. Ils sont revenus avec une plaquette de 72 haïkus qui a été éditée, on dirait aujourd’hui, à compte d’auteur, à 30 exemplaires. J’ai écrit un essai autour de cette plaquette que je mets à disposition d’ailleurs sur mon site internet et où j’explique un petit peu ce qu’ils ont fait, quelles étaient les règles du haïku qu’ils avaient adoptées. Et puis je démontre qu’au delà de 72 haïkus, ils ont aussi écrit un renku parce qu’on retrouve énormément de liens d’une strophe à l’autre. Et ces liens nous permettent aussi de mieux comprendre ce qui a été écrit parce que des fois, si on extrait un haïku comme ça au hasard de la plaquette, on ne sait pas du tout ce que ça veut dire. Le deuxième volume de cette trilogie est consacré à Julien Vocance, le poète qui a vraiment permis au haïku de se développer en France, en tout cas dans une certaine population parce qu’il a écrit dans les tranchées 100 visions de guerre, le titre du livre. Et ils ont été publiés dans beaucoup de revues, ils ont été énormément repris, ce qui fait que le haïku a commencé à se développer. Le troisième personnage, c’est René Maublanc, qui dans les années 20 a beaucoup fait pour le haïku. Il a énormément fait de conférences et en 1923, il a réalisé une anthologie de presque 400 haïkus, donc qui était le point d’orgue de la première période du haïku français. Donc, j’ai voulu retracer cette histoire et aujourd’hui je travaille sur René Maublanc.
 
Mars 2014
Propos recueillis: Éric Priou
 
Un haïku qui a été censuré à l’époque:
 
Des arrivages de chair
Bien fraîches, toutes préparées
Pour cette nuit sont signalées
Julien Vocance
 
En pleine figure,
La balle mortelle.
On a dit: au cœur – à sa mère.
René Maublanc
 



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