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La francophonie au Japon

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Le griot sénégalais Doudou N’Diaye Rose
投稿日 2004年10月1日
最後に更新されたのは 2016年6月14日
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Doudou N’Diaye Rose, à tout battre
 
Dans la famille de Doudou N’Diaye Rose, on est griot depuis le 13e siècle. Sa 14e tournée japonaise vient de le confirmer: rien que le voir mener ses batteurs et batteuses, littéralement à la baguette, est un spectacle en soi. La percussion sénégalaise a de beaux jours devant elle.
 
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© Franc-Parler
Franc-Parler: Cette fois-ci vous venez avec une formation de combien de musiciens?
Doudou N’Diaye Rose: Cette fois-ci avec 18 personnes. Ça dépend des demandes. Récemment, on est revenus d’une tournée aux États-Unis où on était 35 personnes et des fois on nous demande 50, 150, 200. Il y a longtemps, j’ai auditionné les meilleurs batteurs de Dakar. Comme souvent on me demande un nombre énorme, j’ai pris leurs coordonnées et je les ai ajoutés aux membres de ma famille. Je n’ai pas 100 batteurs chez moi. Ils sont là, je les appelle et ils viennent.
 
Franc-Parler: Comment faites-vous pour distinguer vos 200 musiciens?
Doudou N’Diaye Rose: S’il y a une fausse note, tout de suite, je sais d’où ça vient. Pas de problème. Même quand je suis de dos. Il y a une fausse note, je me tourne, je le regarde et il me dit: «Oui, c’est moi.»
 
Franc-Parler: Une partie des membres de l’orchestre est de votre famille…
Doudou N’Diaye Rose: Oui. La majeure partie, ce sont mes propres enfants. Il n’y a que 4 personnes, mes beaux-fils. À part ces 4 là, tout le reste ce sont mes enfants, comme filles, comme garçons.
 
Franc-Parler: Sur Internet, les légendes courent, on vous attribue jusqu’à 150 enfants.
Doudou N’Diaye Rose: [rires] Ah non, ça c’est trop dur. J’avais 43 enfants. Il y a 2 ans, j’ai perdu un enfant en Italie et maintenant, je touche du bois, j’ai 42 enfants.
 
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©Tsunehiro Takakuwa
Franc-Parler: Est-ce que c’est courant que les filles jouent également du tambour?
Doudou N’Diaye Rose: Ça n’existait pas. En 1995, c’est moi qui ai eu l’audace de créer des batteuses. Je ne dis même pas au Sénégal, mais en Afrique, ils n’ont jamais pensé à le faire parce que pour eux, la femme doit rester à la maison, s’occuper de ses enfants, faire la cuisine, laver le linge et amener le repas au champ. Mais vers les années 86, le président Senghor avait demandé aux femmes sénégalaises que chaque année on organise la Quinzaine nationale de la femme sénégalaise. Pendant la Quinzaine, toutes les femmes de toutes les régions font quelque chose: les couturières, les teinturières, les coiffeuses. Chaque métier essaie de faire quelque chose et on organise une exposition pour montrer ce que peuvent faire les femmes. Et ça tourne à travers les régions pour se faire connaître.
Et je me suis dit: «Pourquoi pas des batteuses?» J’ai convoqué mes filles pour leur dire: «Hier, j’ai eu l’idée de monter des batteuses. Allez sortez, on va répéter.» Mais ma fille aînée de ma première femme et ma fille aînée de ma deuxième femme et deux autres m’ont dit: «Papa, ce n’est pas possible, vous l’avez appris à l’âge jeune, nous avons déjà, chacune de nous, un enfant, ce n’est pas possible.» J’ai dit: «Rien n’est impossible, essayons.» Elles étaient quatre, elles sont venues répéter de dix heures jusqu’à midi. Le lendemain, on a répété et les autres ont constaté qu’elles commençaient à faire quelque chose. Le troisième jour, je vois six personnes qui arrivent, elles sont dix. Au fur et à mesure, toute la famille vient et même les femmes du quartier qui ne sont pas les membres de ma famille, qui ne sont pas de notre caste, les griots, commencent à venir parce qu’elles ont vu que ça commençait à marcher.
On a répété pendant deux mois, j’ai pu avoir trente minutes de concert et je suis allé voir le directeur de la télévision pour lui demander de me donner une tranche. Le directeur me dit: «Mais Doudou, des femmes qui battent le tam-tam, ça n’existe pas en Afrique.» Je lui ai dit: «Ça n’existait pas, mais maintenant ça existe, je vous le dis.» Il est venu voir la répétition et aussitôt il m’a dit: «Je suis d’accord.» Le lundi, il m’a convoqué, il a financé, les costumes, de quoi permettre aux filles de faire des tresses pour se faire belles et il a annoncé ça pendant une semaine. Et il fallait voir le samedi où on devait présenter. Tout le monde était devant le petit écran pour voir ça. Elles ont joué pendant trente minutes le tam-tam autour des reins en chantant et en dansant. Tout le monde était content, tout le monde m’a félicité.
 
Franc-Parler: Quels sont les tambours que vous utilisez?
Doudou N’Diaye Rose: Tous les tambours que vous voyez ici avec moi, ce sont des tambours purement sénégalais, qu’on ne trouve nulle part à part les djembés qu’on trouve aussi en Guinée, au Mali, au Burkina Faso, en Côte-d’Ivoire. Mais le sabar, le gorong et les autres, on ne les trouve nulle part ailleurs. Si vous les voyez dans un autre pays africain, c’est qu’ils ont été importés par quelqu’un. J’utilise tous les instruments mais pour diriger, j’utilise deux instruments: ou le sabar ou le gorong. Le sabar est fait pour diriger la danse ou la chanson, c’est fait uniquement pour ça et pour donner des messages lointains.
 
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©Tsunehiro Takakuwa
Franc-Parler: Vous jouez sur scène mais est-ce qu’on utilise encore le tambour pour envoyer des messages dans la vie quotidienne?
Doudou N’Diaye Rose: En Afrique, surtout au Sénégal, au moment où il n’y avait pas de téléphone ni la radio ni la télévision, l’Afrique communiquait avec le tambour et tout le monde connaissait le langage de la percussion pour annoncer un décès, cérémonie de deuil, cérémonie de mariage, de baptème, de tatouage, la circoncision, l’envahissement des criquets ou bien les feux de brousse, tout le monde. Ça n’existe plus dans la capitale mais au fond du pays, jusqu’à présent, ça existe.
 
Franc-Parler: Vous jouez également avec des groupes d’autre pays…
Doudou N’Diaye Rose: Le jazz vient d’Afrique et à chaque fois que les jazzman viennent au Sénégal ou que je suis en tournée, ils me demandent de jouer avec eux parce qu’ils savent que je peux maîtriser les deux cultures. Ce qui m’a valu de jouer en première partie avec Miles Davis à Paris; avec les Rolling Stones, on a effectué une tournée ensemble aux États-Unis et en Angleterre. Je ne peux pas les citer tous.
 
Franc-Parler: Vous avez aussi joué avec un groupe de Bretagne.
Doudou N’Diaye Rose: Voilà. Mon imprésario qui habite à Poitiers est breton. Un jour, il m’a téléphoné pour me dire: «Doudou, j’ai un groupe que j’aimerais réellement engager. Ce qu’ils font me plaît beaucoup. Je sais que si vous vous mettez dedans, ça va porter ses fruits.» Je lui ai dit: «Je ne veux pas servir de selle à tout le monde. Avant de vous dire oui, envoyez-moi le répertoire en cassette pour que j’entende ce qu’ils font.» Il m’a envoyé leur cassette avec leurs bombardes et ce qu’ils ont fait, ça m’a tellement plu. Et puis, il y a des mélodies que l’on retrouve chez nous, qui ressemblent à notre propre culture. Aussitôt j’ai dit oui et on est venus en Bretagne, on a répété deux jours. On a effectué une tournée et on a enregistré un CD. Il y a beaucoup de demandes. Actuellement le directeur du centre culturel français à Dakar est en train de voir avec les autres directeurs de centres culturels pour qu’on puisse effectuer une tournée à travers l’Afrique.
 
Franc-Parler: Vous enseignez également?
Doudou N’Diaye Rose: Je donne les cours chez moi ou bien au Théâtre national mais je suis venu avec un projet pour construire une école que je vais montrer aux autorités japonaises pour avoir une aide. J’ai tout fait, le dossier est vraiment bien conçu et je crois que si dieu le veut, dans quelque temps j’aurai l’emplacement qu’il me faut. Là, je voudrais inviter toutes les cultures, japonaise, coréenne, africaines, les pays des Caraïbes, tout le monde.
 
Octobre 2004
Propos recueillis: Éric Priou



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