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La francophonie au Japon

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Jean-Pierre Limosin, réalisateur du film Novo
投稿日 2003年6月1日
最後に更新されたのは 2016年7月4日
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Jean-Pierre Limosin, tout nouveau, tout beau
 
En 1998 pour Tokyo eyes, aventure urbaine de la rencontre de deux jeunes gens, Jean-Pierre Limosin avait mis en scène Takeshi Kitano, Hinano Yoshikawa et Shinji Takeda. Dans son dernier film Novo, Irène (Anna Mouglalis) n’a de cesse de se faire reconnaître et aimer de Graham (Eduardo Noriega) qui, suite à un accident, oublie tout au bout de quelques minutes. Chance ou malchance? Cela méritait quelques explications.
 
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© Franc-Parler
Franc-Parler: Qu’est-ce qui vous a attiré sur le Japon?
Jean-Pierre Limosin: C’est-à-dire que je suis venu, il y a quand même très longtemps, je suis venu la première fois en 1981. C’était un voyage d’études sur l’art vidéo. À cette époque, je faisais un peu d’art vidéo, la face cachée des gens…C’était vraiment les balbutiements de la vidéo, c’était un équipement qui était assez lourd encore. Le ministère, à cette époque ça s’appelait le ministère des Affaires étrangères, avait organisé un voyage d’artistes, pour confronter un peu les expériences, quoi. Donc, c’était en mai 81, pendant l’élection de Mitterrand. J’étais venu là. J’avais visité quelque chose qui était vraiment incroyable, qui était dans la banlieue. Je ne me souviens plus ou c’était dans la banlieue de Tokyo, où toutes les maisons étaient câblées. C’était en fibres optiques. Chaque maison avait une petite caméra, qui était l’ancêtre de la webcam, mais qui était un peu plus lourde quand même, puisque c’était relié à la vidéo avec un terminal et ils avaient un programme local. Et c’était un matin, très tôt en fin de compte, on avait visité cet endroit et il y avait une interaction avec cette caméra vidéo. Il y avait un meeting sur le problème de l’éducation dans la ville, donc au studio vidéo. Les gens pouvaient appeler, ils avaient une petite machine, c’était un peu comme un minitel plus perfectionné, et ils pouvaient communiquer grâce à cette caméra, intervenir pendant le débat. Alors, ça donnait des choses assez intéressantes parce que l’écran était divisé, séparé en deux, il y avait à la fois les gens du talk-show, du débat sur l’éducation et puis les gens qui intervenaient. Comme c’était le matin très tôt, les gens, leur ménage n’était pas fait par exemple, donc ils tournaient la petite caméra vers un tableau, vers quelque chose d’assez ordonné, d’assez rangé et puis ils intervenaient au téléphone. C’était une expérience, je ne sais plus du tout ce que ça avait donné, il y avait une expérience assez belle d’interactivité de vidéo.
 
Franc-Parler: Depuis, vous êtes passé beaucoup au documentaire…
Jean-Pierre Limosin: C’est-à-dire qu’après, je suis revenu plusieurs fois en vacances aussi parce que j’avais essayé d’étudier le japonais avant de venir, pendant trois ans et puis j’ai tout oublié. Après j’ai fait un premier film en 83, qui a été sélectionné au premier Festival international du film de Tokyo, en 85, je crois, et il y avait une sélection qui s’appelle Young Cinéma. Il y avait un prix assez phénoménal, que je n’ai pas gagné, et il y avait une sélection qui était vraiment incroyable.
J’ai fait trois films de fiction, donc en 83, 85 et 88 et après je me suis arrêté pendant dix ans pour faire du documentaire. Et après, je suis revenu à la fiction en tournant un film de fiction [Tokyo eyes] à Tokyo.
 
Franc-Parler: Qu’est-ce qui vous a poussé à refaire de la fiction?
Jean-Pierre Limosin: J’avais besoin de faire, pas un bilan, mais une sorte d’auto-analyse, un peu sur l’image en fin de compte, sur moi-même et sur l’image pendant cette période-là où j’ai travaillé beaucoup en photographie, en écriture, en documentaire. Je suis revenu par un biais très très détourné, par la fiction, en tournant quelque chose d’assez improbable, de tourner un film de fiction à Tokyo avec des acteurs japonais. Et ça m’a permis effectivement de retrouver le goût de la fiction, de faire Novo et puis d’avoir d’autres projets de fiction.
 
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Franc-Parler: Pour Novo, vous avez choisi le thème, peut-on dire, de l’érotisme ou de la mémoire?
Jean-Pierre Limosin: Non c’était plutôt le thème de la sensualité, enfin de l’érotisme si vous voulez aussi. [rires] C’était le thème central, sur lequel j’ai rajouté cet ingrédient de scénario. Ça me permettait d’avoir un comportement très nouveau d’un homme. Le fait qu’il ait ce petit souci de mémoire, ça le mettait dans une aptitude naturellement prédisposée au désir puisqu’il avait tout oublié, il avait oublié le désir. Mon idée, c’était simplement de parler de l’amnésie du désir plutôt qu’autre chose, donc ça me permettait d’avoir un comportement masculin assez intéressant, dans le sens d’un personnage prêt à innover sans arrêt, à expérimenter différentes choses.
 
Franc-Parler: Je vois que les affichettes françaises et japonaises sont différentes…
Jean-Pierre Limosin: Très différentes, oui. J’aime beaucoup l’affiche japonaise. Je suis entièrement responsable de l’affiche française aussi, en ce sens que l’affiche française, c’est un photographe, un très bon photographe qui est venu sur le tournage, qui a fait cette photo. Et bien souvent, je trouve qu’au cinéma on ne fait pas attention sur les affiches, à la qualité de l’image. Et puis, je voulais que ce soit très différent des affiches de cinéma, c’est sur un fond blanc. C’est un côté assez doux, assez apaisé quoi. Tandis que là, c’est assez hot, les couleurs assez flashy. J’aime beaucoup cette affiche qui est beaucoup plus chaude en fin de compte. Ils ont fait quelque chose qui vraiment me touche beaucoup: ils ont fait une petite modification sur ce qu’elle écrit sur la cuisse, comme si c’était un signe d’écriture effacé ou malhabile comme ça, il y a une connivence. C’est vraiment très beau.
 
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Franc-Parler: Le choix dans la publicité se fait surtout sur le choix du personnage d’Anna Mouglalis qui travaille pour Chanel, je crois…
Jean-Pierre Limosin: Ici au Japon, oui. Pour eux, je ne sais pas pourquoi, ils ne sont pas autant touchés que les Européennes, disons, par l’espèce de beauté plastique d’Eduardo. Ils ont plutôt axé sur Anna qui, effectivement, est devenue, quand j’ai tourné avec elle, elle ne l’était pas, la figure emblématique de Lagersfeld et de Chanel. Elle l’est devenue après. Anna, c’est une comédienne que j’avais repérée dans un film de Chabrol et je l’ai repérée vraiment aussi grâce à sa voix. Je trouve qu’elle a une voix très granuleuse, très sexy, quand même. Elle a fait ce film-là et elle a tourné deux autres films. Pour payer ses études au conservatoire, elle avait posé aussi dans des journaux de mode, ce qui fait qu’elle a été repérée. Elle avait fait la couverture de Marie-Claire en France.
 
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Franc-Parler: On ne risque plus de s’attirer les foudres de l’Église catholique, mais c’est un petit peu l’antifamille.
Jean-Pierre Limosin: Ce n’est pas l’antifamille. Alors-là, je ne suis pas sûr, car je fais beaucoup de choses avec une radio catholique dont le siège est basé à Lyon, qui est tenue par un cinéphile qui m’invite à chaque fois. Et j’ai pensé que cette fois-ci, il n’allait pas m’inviter. Et là, il a trouvé le film très ouvert et assez pur sur la chair et ça ne l’a pas gêné que cette femme assume son désir. Ceci dit, ce n’est pas un prêtre aussi.
 
Franc-Parler: Pouvez-vous parler de la perte de mémoire du personnage qui oublie tout au bout de quelques minutes?
Jean-Pierre Limosin: C’est quelque chose qui existe, que j’ai aggravé, que j’ai inscrit dans du romanesque pour voir, avec la volonté de ne pas traiter la maladie aussi. Délibérément, c’est un sujet trop grave pour moi, pour que je puisse le traiter d’une façon légère dans un film érotique. En fin de compte, c’est un syndrome de mémoire à court terme, où les gens d’une façon pas constante, se souviennent, ne se souviennent pas de choses qui remontent à dix minutes. Et il n’y a jamais eu quelque chose comme ça sur le désir, et je voulais faire quelque chose qui serait presque lié à l’ordre de la simulation. C’est-à-dire que, pour être un meilleur amant ou un meilleur amoureux selon, il serait préférable pour les hommes ou les femmes, peu importe, les prédispositions sexuelles, je n’ai pas d’inclinaisons morales de ce côté-là, d’oublier, de faire en sorte que tout soit quelque chose comme un premier soleil, comme un premier matin, comme une première fois, comme une première expérience. C’est comme s’il y avait une rencontre avec l’être qui est sans cesse renouvelée, et dans ce sens-là, ça peut passer entre les fourches caudines de ces institutions.
 
Juin 2003
Propos recueillis: Éric Priou
 
Novo de Jean-Pierre Limosin avec Anna Mouglalis, Eduardo Noriega; 2002, France, 98 mn



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