フラン•パルレ Franc-Parler
La francophonie au Japon

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La chanteuse Juliette Gréco
投稿日 2002年10月1日
最後に更新されたのは 2016年8月19日
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Juliette Gréco, la voix de Saint-Germain-des-Prés
 
Qui n’a pas écouté, fredonné Sous le ciel de Paris, L’accordéon ou Jolie Môme?
Symboles d’une artiste toujours renouvelée. Le chant de la dame en noir a aussi son mystère.
 
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© Franc-Parler
Franc-Parler: Pourquoi y a-t-il cet engouement du public japonais?
Juliette Gréco: Il faut leur demander. Moi, je ne peux pas même le deviner. Je ne sais pas. Je pense qu’il y a quelque chose comme l’amour de la poésie et l’amour de la langue française.
 
Franc-Parler: Même maintenant, vous êtes toute de noir vêtue, pourquoi ce choix dès le départ du noir?
Juliette Gréco: Je suis méditerranéenne par mon père et bordelaise par ma mère. Ce sont des pays où les femmes étaient toujours habillées de noir. Je pense que c’est une chose qui va de soi probablement depuis des milliers d’années comme ça. Je m’appelle Gréco, donc je dois venir de Grèce où les femmes étaient habillées de noir. Donc, tout ça est très normal sans doute et puis j’ai ce sentiment de protection.
 
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©Koh Okabe
Franc-Parler: On trouve de nombreuses références au noir à votre sujet. Un auteur a dit que vous aviez une voix en noir.
Juliette Gréco: La voix de l’ombre, c’est Mac Orlan. Oui, je me rappelle ça. Cocteau, c’était le chandail noir.
 
Franc-Parler: Il y avait le poisson aussi.
Juliette Gréco: Ça, c’est Mauriac, le poisson.
 
Franc-Parler: Si on cherche, on va retrouver toute la bibliothèque.
Juliette Gréco: Oui, oui, on retrouve beaucoup de choses. Queneau, c’était la rose noire. Le noir revient souvent.
 
Franc-Parler: Est-ce que vous vous sentez privilégiée à ce niveau-là d’avoir côtoyé, connu un si grand nombre de personnes?
Juliette Gréco: Complètement. Complètement consciente du bonheur qui m’a été donné et de la vie exceptionnelle que j’ai pu avoir et que je continue d’avoir à cause de tout ça. Quand on m’aime bien, on dit que c’est aussi un peu à cause de moi, mais moi je pense que c’est beaucoup aussi à cause de ces rencontres, de cet enrichissement fantastique.
 
Franc-Parler: Comment se sont passées ces rencontres? C’est le hasard, un enchaînement?
Juliette Gréco: Au départ, ce sont ces gens-là qui ont voulu me rencontrer. Quand j’étais toute jeune, toute jeune. Je devais avoir 16 ans, 17 ans. Et c’était assez étrange, mais j’étais un personnage bizarre. J’étais une fille libre, ce qui n’existait pas à cette époque. C’était très choquant. J’étais un scandale sur deux pieds, un scandale noir sur deux pieds et c’était assez troublant. Moi, je ne me rendais absolument pas compte de la chose, pas du tout. Avec le recul maintenant, je sais ce qui s’est passé, j’ai vu ce qui s’était passé, mais je n’ai rien cherché. Je n’ai pas voulu devenir célèbre, pas du tout. Les choses se sont faites comme ça.
 
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© Franc-Parler
Franc-Parler: C’est bien?
Juliette Gréco: Magique, magique.
 
Franc-Parler: Vous dites que vous n’êtes pas nostalgique.
Juliette Gréco: Non je ne peux pas être nostalgique, puisque j’ai tout le monde à l’intérieur de moi, que je les garde avec moi. Intérieurement, la jeunesse est là. Extérieurement, elle est… mais c’est comme ça. Mais intérieurement, c’est heureux, je vis avec ces gens-là.
 
Franc-Parler: Malgré tout, Saint-Germain a beaucoup changé. Le quartier, l’ambiance. Que pensez-vous de toutes ces boutiques de mode qui s’installent?
Juliette Gréco: Bien, je me bats comme d’habitude. Vous savez qu’on a fondé une association qui s’appelle SOS Saint-Germain et cette association a pour but d’essayer de sauver ce qui reste à sauver, parce que c’est déjà très abimé et essayer d’en chasser quelques-uns si c’est possible. Mais se battre sans argent contre l’argent, ce n’est pas très commode. Cela dit, nous sommes quand même les plus forts. Nous allons faire un jumelage Saint-Germain-des-Prés et Venise, ce qui est assez beau comme idée et puis on continue de dire aux gens: «Arrêtez de déposer vos ordures partout. Il y a des endroits pour ça.»
 
Franc-Parler: Est-ce qu’il y a des combats qui valent la peine d’être menés pour vous?
Juliette Gréco: Bien sûr. Ceux que je mène. À savoir contre toute exclusion, contre toute incompréhension de l’autre. Exclusions dont font partie les homosexuels, de tout poil, dont font partie les gens de couleur, dont font partie une tonne de minorités, de couleurs différentes en tout cas. de ce que nous sommes nous, c’est-à-dire pas blancs. Comme si ça changeait quelque chose à la couleur du sang.
 
Franc-Parler: Êtes-vous plutôt optimiste dans ce combat?
Juliette Gréco: Oui. Oui, je suis optimiste. Je suis une désespérée optimiste.
 
Franc-Parler: Vous auriez craché sur la main du maître d’hôtel qui refusait de servir Miles Davis?
Juliette Gréco: Pas dessus, dedans. J’ai été très courtoise. Je lui ai dit: «Voulez-vous me donner votre main, s’il vous plaît? Ouvrez votre main.» J’ai craché dedans et j’ai refermé. Très poliment. [rires] Il a dû s’en mordre les doigts quelques années après, parce que Miles, c’est quand même une des plus grandes stars au monde. Il est devenu une étoile encore plus brillante que les autres étoiles et ce mec-là a dû se dire: «Tiens, tiens, ce nègre-là avait du talent.»
 
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©Koh Okabe
Franc-Parler: Vous avez dit que vous étiez née différente, scandaleuse et ce goût…
Juliette Gréco: Ce n’est pas un goût, c’est un fait. On est comme ça, on est blond, on est brun, on a les yeux bleus ou pas et puis voilà. C’est comme ça, on naît avec les choses.
 
Franc-Parler: Par exemple, votre chanson Déshabillez-moi, c’était quelle envie, de la lancer à cette époque?
Juliette Gréco: Parce que c’était une jolie chanson et parce que c’était très osé à ce moment-là. C’était vraiment très surprenant. Surtout une fille qui chante des trucs comme je chante moi, depuis le début, c’est-à-dire des choses plutôt poétiques, des choses écrites par des poètes ou par des écrivains. Ça m’a fait envie, parce que c’était drôle et vrai quelque part. Dans toutes les femmes, il y a cette femme aussi. Enfin, j’espère.
 
Franc-Parler: Vous avez un très vaste répertoire. Pourquoi butinez-vous?
Juliette Gréco: Je choisis ce qui me plaît. Comme je suis en recherche perpétuelle, quand je tombe sur un bijou qui me plaît, je le prends. Ou une fleur, ça dépend.
 
Franc-Parler: Comment ça s’est passé avec Gainsbourg ou avec Brel?
Juliette Gréco: Ça s’est passé avec deux débutants pratiquement inconnus, l’un comme l’autre, à des époques différentes. Et ça s’est passé que je suis tombée absolument en arrêt vraiment, en amour, devant le talent de ces gens-là qui étaient tous les deux traités de la même manière. C’est-à-dire: «Oh, il est affreux, il a de grandes oreilles», l’autre, «Il a de grandes dents»; comme si c’était du bétail. C’est effrayant. Sans avoir vu le regard de ces gens-là, sans avoir entendu la voix de ces gens-là et ce qu’ils avaient à dire. Enfin, ils s’y sont faits volontiers, je crois.
 
Franc-Parler: Comment se prépare une tournée, longtemps à l’avance? Comment travaillez-vous?
Juliette Gréco: Nous n’avons pas besoin de préparer longtemps à l’avance, puisque nous sommes sans cesse en train de travailler. Je vis avec Gérard Jouannest dont je suis l’épouse et j’ai ce bonheur-là. Donc, nous partageons l’essentiel, c’est-à-dire, le travail, tous les deux et sur la scène, avec les musiciens. Je considère que ce sont des conditions de travail optimales. Si on a envie de travailler à une heure du matin, on travaille à une heure du matin, et si on a une idée, on peut immédiatement les changer. Et c’est très plaisant, à condition d’aimer et de respecter l’autre, sans ça, ça doit être, j’imagine, insupportable tout au contraire.
 
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©Koh Okabe
Franc-Parler: Le spectacle de type music-hall a pratiquement disparu, les spectacles actuels se font avec un artiste principal…
Juliette Gréco: Je trouve ça très très dommage parce que ça empêche certaines gens de travailler en public, de se proposer, de se montrer. Sans compter les visuels, les numéros visuels qui sont en grand péril. Ce que j’avais fait chez Cardin, il y a quelques années, ça c’est très mal passé, parce que le public est totalement déshabitué et les gens venaient pour la deuxième partie, de la manière la plus grossière du monde. Ils ont oublié. Ils vont voir l’artiste qui est en haut de l’affiche et ils pensent que le reste, ce n’est pas suffisamment intéressant. Or c’est très intéressant, c’est passionnant même.
 
Franc-Parler: Quelle en est la cause?
Juliette Gréco: Comme toujours, c’est une question d’argent. Il ne faut pas chercher très très loin dans les désastres. C’est comme le chômage, une histoire d’argent, toujours. Et ça, ça fait partie du chômage. C’est très très grave.
 
Franc-Parler: Est-ce que votre public a beaucoup changé?
Juliette Gréco: Oui, contrairement à moi, il est extrêmement jeune. Plus j’avance, plus il régresse. C’est magnifique. Il y a 90% de jeunes dans la salle, que ce soit en Allemagne, que ce soit en France, que ce soit partout. Ici, je ne sais pas mais on me dira.
 
Octobre 2002
Propos recueillis: Éric Priou



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