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Germain Viatte, directeur de la muséologie du musée du quai Branly
投稿日 2005年1月1日
最後に更新されたのは 2016年2月22日
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Un nouveau musée à Paris: le musée du quai Branly
 
Germain Viatte est le directeur de la muséologie de ce musée, riche de près de 300000 objets d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie, qui ouvrira ses portes en 2006. La fondation Obayashi vient de lui décerner son troisième prix en reconnaissance de son action pour le développement de l’art contemporain dans l’espace urbain.
 
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©Franc-Parler
Franc-Parler: Pourquoi ce nouveau musée a-t-il été décidé?
Germain Viatte: Les collections existaient auparavant. Elles étaient dispersées et elles se trouvaient en fait dans deux institutions des années trente. Le musée national des arts d’Afrique et d’Océanie était l’héritier du musée des Colonies qui s’était ouvert en 1931, à l’occasion de l’exposition coloniale et le musée de l’Homme qui s’est ouvert en 1937, au moment de l’Exposition internationale. Et il était l’héritier, lui-même du musée du Trocadéro qui avait, lui-même reçu des collections historiques très anciennes. Anciennes du XIXe siècle qui avaient transité d’ailleurs par le Louvre, très anciennes qui avaient transité par les collections royales ou les cabinets de curiosités au XVIIIe siècle. Donc, en fait ce n’est pas le premier avatar de ces collections. Pourquoi aujourd’hui reprendre cette question des collections non occidentales longtemps placées sous la bannière de l’ethnographie? D’abord parce que c’est une initiative présidentielle, du président Chirac. Initiative un peu préparée alors qu’il était maire de Paris; il avait rencontré Jacques Kerchache qui était devenu un de ses amis. Il était un marchand d’art qui était devenu un collectionneur et dont l’ambition était de situer ces cultures au même niveau que les autres cultures.
 
Franc-Parler: Dans quel esprit se sont formées ces collections?
Germain Viatte: Ce sont des collections qui se sont engagées très tôt dès les premiers contacts. C’est-à-dire vers le seizième siècle. Au départ, la découverte de mondes merveilleux plus ou moins fantasmés qui conduisent les explorateurs à tenter d’aller vers les Indes, concept général qui incluait l’Amérique. Puis le XVIIIe siècle qui approfondit cette observation du monde, avec une perception du monde qui devient de plus en plus scientifique, qui est très proche des sciences naturelles. Qn découvre le monde, la nature, les hommes qui vivent dans le monde. Et on arrive à la phase scientiste du XIXe siècle avec des théories évolutionnistes et darwiniennes qui ont tendance à créer une hiérarchie entre les sociétés, les cultures et les races. C’est une vision qui évidemment à tous points de vue n’est plus acceptable. Et ensuite, il y a la phase ethnographique proprement dite qui commence au XIXe siècle et se développe au XXe siècle et qui est celle de l’observation et de l’étude des sociétés. Phase qui est essentielle pour la découverte des hommes et de leurs cultures, mais qui a eu tendance à négliger l’aspect esthétique. Mais le XXe siècle est aussi le siècle où les artistes retrouvent cet aspect esthétique et s’en inspirent. Et donc, il y a une espèce d’opposition qui s’est longtemps manifestée entre ethnologie et art et nous sommes à une vision que nous voudrions de synthèse entre les apports de l’anthropologie et une réalité historique à redécouvrir. Ce qui n’est pas toujours facile parce que nous sommes devant des sociétés qui sont souvent des sociétés sans écriture, mais ça ne veut pas dire que ce sont des sociétés sans histoire. Et puis effectivement, l’apport très important à l’art universel avec un registre de formes d’invention formelle, d’invention technique, de contenu spécifique qu’il est nécessaire aujourd’hui de présenter au grand public.
 
Simulation en trois dimensions de la façade nord du musée du quai Branly
Simulation en trois dimensions de la façade nord du musée du quai Branly
© musée du quai Branly Paris
Franc-Parler: Que verra-t-on comme œuvres?
Germain Viatte: Concrètement, la dernière chose qu’on peut dire avant d’entrer dans les œuvres exposées, c’est que ce musée est un musée contemporain. C’est un musée du XXIe siècle. C’est donc un musée dont la construction est confiée à Jean Nouvel, qui est un des grands architectes d’aujourd’hui en France et à travers le monde et c’est un musée qui se situe résolument projeté dans le présent et disons, peut-être dans l’avenir.
Cette présence du bâtiment est quelque chose qui comptera beaucoup sans aucun doute dans la perception d’un lieu qui est un lieu de collections mais qui est aussi un lieu de recherche, le lieu d’une bibliothèque, le lieu de formations et le lieu d’actions culturelles. La collection est donc présentée à travers un plateau de référence qui présente à peu près 3000 œuvres sur 4600 mètres carrés et qui constituent une sélection très rigoureuse d’objets de haute qualité de ces différentes cultures. Donc, Afrique, Océanie, Asie pour ce qui n’est pas au musée Guimet, c’est-à-dire plutôt l’Asie des traditions populaires et des minorités. Et puis enfin Amérique, avec ce double versant un peu académique à mon sens du précolombien et du post-colombien, si j’ose dire. Ce plateau de référence constitue en quelque sorte le socle de la perception des collections. Et dans le même espace, car le bâtiment de Jean Nouvel est une sorte de grand espace paysagé, il y a deux plateaux suspendus qui sont dévolus à des expositions temporaires. D’un côté des expositions thématiques, et de l’autre des expositions dossiers avec des différentes temporalités qui permettent des lectures et des approches de la collection, mais aussi avec des apports extérieurs permettant d’affirmer la diversité des points de vue et des interrogations sur les mondes que propose la collection.
 
Franc-Parler: Quel est l’intérêt des acquisitions de collections privées?
Germain Viatte: Ce qui est intéressant dans les collections privées, c’est que très souvent ces collectionneurs privés suivaient le mouvement que les artistes avaient engagé. Et souvent, c’étaient des collectionneurs qui étaient en même temps des collectionneurs d’art contemporain et des arts dits primitifs à l’époque. Ce lien avec la modernité, il apparaît déjà dès le début du XXe siècle… La visite de Picasso au musée du Trocadéro qui est une visite d’ailleurs de stupéfaction, de fascination et d’influence incontestable est évidemment quelque chose qui va marquer toute l’évolution ultérieure des regards sur les arts primitifs. Donc, il y a ces présences de collectionneurs. Leurs collections dont nous héritons étaient déjà enrichies par les apports extérieurs mais aussi par des apports liés à la recherche, aux expéditions de collecte. Le cas le plus fabuleux étant la mission Dakar-Djibouti; c’était une mission officielle patronnée par le gouvernement français et qui avait pour objet de traverser l’Afrique et de rapporter un maximum d’informations et d’objets sur les pays traversés. Dans la politique d’acquisition, nous avons tenté de combler des lacunes qui étaient dues justement à l’Histoire.
 
Statue Dogon
Statue Dogon
acquise pour le musée du quai Branly grâce au mécénat d’Axa © musée du quai Branly Paris
Franc-Parler: Que doit-on dire? Arts primitifs, arts premiers?
Germain Viatte: Moi, j’aurais tendance à dire Art, tout court. Vous savez, la question on la pose souvent sur le titre même du musée. Comment ce musée doit-il s’appeler? Nous-mêmes, nous avons pas mal tergiversé: musée des arts et des civilisations, musée de l’homme, des arts et des civilisations, musée des arts premiers, finalement musée du quai Branly. Et au fond le choix du musée du quai Branly, ce n’est pas un choix de fuite en avant ou de refus des responsabilités, mais c’est le sentiment qu’un titre ou une définition finissent par fermer l’objet que l’on est supposé considérer. Et c’est un peu la même chose pour les arts en question, si on dit premier, pourquoi pas dernier? Est-ce que ça se situe dans la chronologie? Est-ce que ça se situe dans l’évolution. Est-ce que c’est simplement pour éviter primitif? Je crois que réellement le terme c’est: Art. Derrière art, il y a culture avec tout ce que ça signifie sur le plan anthropologique et puis il y a la géographie, c’est-à-dire que ces arts, ils viennent d’Afrique, d’Océanie, des Amériques, ils viennent d’Asie aussi. Dans cette espèce de lutte pour affirmer l’égalité et la diversité des cultures, je pense que le fait de prendre tout à fait garde à l’étiquette placée tout à côté du mot art est une façon d’affirmer cette égalité. Si vous prenez par exemple les Mexicains, ils n’ont pas du tout envie de se trouver dans le même panier en termes de définition que les Africains, les Océaniens. Effectivement, ils n’ont de commun que d’avoir produit des cultures, des civilisations et des objets d’art à travers le temps en même temps que nous. Il n’y a pas de raison de mettre une étiquette sur le panier.
 
Janvier 2005
Propos recueillis: Éric Priou



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