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Rony Brauman, fondateur de Médecins Sans Frontières, prix Nobel de la paix
投稿日 2001年2月1日
最後に更新されたのは 2016年2月22日
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Rony Brauman, les dilemmes de l’aide humanitaire
 
Les médias renvoient l’image de conflits, de zones de famines qui appellent à l’aide internationale. Dans certains cas, on assiste à de véritables campagnes de désinformation et la question se pose, pour les organisations d’aide humanitaire, de savoir s’il faut aider à tout prix, même au risque de se faire les complices des persécuteurs, en voulant être les sauveurs.
 
Rony Brauman a été 12 ans durant le président de l’organisation médicale humanitaire non gouvernementale Médecins Sans Frontières et il continue à travailler pour MSF à temps partiel dans le domaine de la formation, de l’évaluation. Il est également passé à l’écriture de documents audiovisuels et de livres, tout en enseignant à Sciences-Po et l’université Paris XII dans le domaine de l’aide humanitaire internationale.
 
Franc-Parler: Quel est votre itinéraire personnel à partir de votre naissance?
Rony Brauman: Je suis né à Jérusalem en 1950. Je suis arrivé en France quand j’avais 4 ans donc je n’ai pas de souvenir personnel de Jérusalem ni même d’Israël, mes souvenirs commencent en France.
 
Franc-Parler: Votre identité juive est très forte?
Rony Brauman: Elle n’est ni forte ni faible. C’est un fait pour moi, je suis dans une filiation, dans une histoire qui est celle des juifs européens. Ça fait partie de mon histoire, mais je ne suis pas croyant, je ne suis pas religieux du tout et je suis peut-être simplement plus sensible à cause de mon enfance, de mon éducation et des origines de ma famille, à certains des grands drames qui ont frappé l’Europe. Sans doute que ça a joué un rôle, ça je crois. Cette histoire personnelle et familiale, oui naturellement, c’est important. Je suis originaire de Pologne et les juifs de Pologne ont été pratiquement tous exterminés et il est évident que c’est quelque chose que j’ai gardé à l’esprit.
 
Franc-Parler: Pourquoi avez-vous choisi la médecine comme profession?
Rony Brauman: Parce que ça a été toujours une vocation. Depuis que je suis petit, j’ai voulu faire médecine. Je trouvais que c’était un très beau métier, d’ailleurs je continue à trouver que c’est un très beau métier, même si je ne l’exerce plus aujourd’hui.
 
Franc-Parler: Vous avez choisi la médecine tropicale…Vous pensiez déjà à quelque chose?
Rony Brauman: Oui, pendant mes études, j’ai été militant gauchiste, j’ai arrêté pendant quelque temps le travail universitaire pour l’activité politique et puis quand j’ai abandonné l’activité politique, parce que le gauchisme me semblait devenir fou, dangereux, j’ai repris la médecine avec l’idée d’avoir une activité plutôt d’ordre social que d’ordre commercial. Enfin, j’avais envie d’exercer la médecine dans un domaine non lucratif et plutôt dans le domaine de l’aide sociale. Comme j’étais aussi très intéressé par les grandes crises politiques, Médecins Sans Frontières permettait de trouver la jonction entre les deux, l’aide sociale et les crises politiques. Et la jonction des deux, c’était l’aide humanitaire médicale. Voilà pourquoi j’ai repris mes études, avec l’idée de travailler dans l’humanitaire en me préparant. Donc, en faisant médecine tropicale, médecine d’urgence pour être techniquement capable d’affronter ces situations.
 
Franc-Parler: Donc, entre l’humanitaire et la médecine, l’humanitaire était prioritaire?
Rony Brauman: La médecine c’était le moyen de faire de l’humanitaire, c’était un instrument qui me permettait d’agir directement dans l’humanitaire. C’est un métier privilégié pour ça.
 
Franc-Parler: Pourriez-vous expliquer plus précisément votre motif direct quand vous avez commencé l’action humanitaire? Dans une interview radio, vous avez dit que c’était par curiosité.
Rony Brauman: La curiosité était le principal motif et c’était une curiosité pour le tiers-monde, car j’étais dans un groupe gauchiste qui parlait beaucoup du tiers-monde. Donc, moi je parlais beaucoup du tiers-monde, mais je ne le connaissais pas du tout. Seulement par des articles ou des livres et j’ai donc voulu le découvrir moi-même et c’est ça que je veux indiquer par curiosité. J’étais vraiment intéressé par le tiers-monde, pas curieux comme on peut être curieux de découvrir des objets exotiques, curieux politiquement. Même si je n’étais plus gauchiste, je gardais un très grand intérêt pour la politique. Et la réalité de la politique dans le tiers-monde, de la vie dans le tiers-monde étaient pour moi un objet d’intérêt. C’est de l’intérêt intellectuel disons, plus que de la curiosité. Ensuite j’ai découvert la réalité, enfin des réalités très passionnantes et j’ai voulu continuer. Et puis il y avait aussi un sentiment de compassion, parce que je pensais qu’il y avait besoin d’aide et donc que je pouvais être utile dans ce domaine.
 
Franc-Parler: Médecins Sans Frontières a été créé à l’issue de la guerre du Biafra, guerre de propagande…
Rony Brauman: L’acte de naissance de Médecins Sans Frontières est marqué par une ambiguité très riche. Ce faux génocide du Biafra et en même termps ce véritable progrès dans l’action humanitaire qui a été accompli par ces médecins qui se sont trompés sur le diagnostic de la situation politique, mais qui ont eu raison de rompre la tradition de silence et de neutralité de l’humanitaire. Ça a été ensuite cette fausse famine au Cambodge qui a été l’occasion d’un affrontement avec certaines composantes du mouvement humanitaire et le gouvernement cambodgien et qui a été aussi l’occasion de prendre conscience que parfois les apparences, comme dans les autres domaines, peuvent être très trompeuses. Le Biafra, c’était une guerre de sécession classique et pour accroître leur soutien public et diplomatique, les leaders de cette sécession ont fabriqué, en faisant appel à une agence de publicité suisse aujourd’hui disparue, un génocide qui leur permettait de se présenter comme étant menacés d’extermination et donc d’appeler la communauté internationale à les soutenir. Et la France en particulier les a soutenus, ce qui a entraîné un prolongement de cette guerre pendant près de 2 ans alors qu’elle était militairement perdue. Grâce à cette mobilisation sur le génocide, ils ont pu obtenir des soutiens, en particulier du Général de Gaulle qui a involontairement de cette façon prolongé la guerre.
Cette propagande a été rendue possible par la force des images qui venaient du Biafra et par les relais apportés par les gens qui étaient au Biafra: journalistes et humanitaires qui se sont faits les complices involontaires et innocents de cette propagande cynique qui a été meurtrière. Et tout ça par la découverte de gisements de pétrole et d’autres considérations. Il y avait un redécoupage du pays qui ôtait aux Biafrais une partie du contrôle sur leur province et c’est l’autre raison pour laquelle ils ont décidé de faire sécession. Mais l’essentiel, c’est qu’on a assisté à un maquillage, à un mensonge très bien construit et ça doit nous apprendre à faire attention aux mots qu’on utilise pour décrire une situation, car l’usage du mot génocide est très grave et il faut l’employer avec beaucoup de circonspection. Les autres étapes, ce sont le Cambodge avec cette famine qui a servi de prétexte au gouvernement cambodgien pour obtenir la reconnaissance diplomatique dont il avait besoin.
 
Franc-Parler: Le gouvernement soutenu par le Vietnam…
Rony Brauman: Le gouvernement installé par le Vietnam. Et certaines ONG qui étaient favorables à ce gouvernement pour des raisons politiques ont repris à leur compte cette famine et d’autres qui lui étaient hostiles ont également repris à leur compte cette famine, parce qu’elle permettait de montrer qu’ils avaient mal agi. Qu’ils n’avaient pas eux-mêmes été capables de redresser la situation. Donc, tout le monde utilisait cette famine pour des objectifs contradictoires, mais finalement convergents, puisqu’ils aboutissaient à valider une affirmation qui était fausse. Je ne dis pas qu’elle était mensongère, car personne n’avait l’intention de mentir, de déguiser. Ça s’est fait tout seul.
 
Franc-Parler: En regardant les 30000 personnes qui sont arrivées aux frontières de la Thaïlande, ils ont cru que tout le monde était affamé.
Rony Brauman: Oui exactement. Or ce n’était pas le sommet de l’iceberg, c’était une partie spécifique de la population, celle qui avait été embarquée par les Khmers rouges pour servir d’esclaves, de main d’œuvre servile, cette partie-là a été dévastée par les épreuves de la marche, des combats et de la survie dans la jungle. Le reste de la population arrivait à survivre dans des conditions, disons acceptables, même si elles étaient terribles, grâce à la nature du Cambodge.
Par contre en Éthiopie, une famine, bien réelle celle-là, a été utilisée. Une famine et un mouvement de solidarité très important en 1984-85 ont été utilisés comme déclencheurs d’un mouvement de transfert de population, car le gouvernement éthiopien voulait ôter la population du nord du pays pour l’installer dans le sud. Pour la mettre sous son contrôle dans un but idéologique, qui était de fabriquer la société nouvelle communiste qui allait permettre la modernisation accélérée du pays. Ce transfert de population a été meurtrier. Ils ont tué peut-être 100000, 150000 personnes et les ONG ont été utilisées pour attirer les réfugiés dans les camps. MSF, quand on s’est aperçu de cela, MSF a demandé que ces transferts de population soient arrêtés et qu’on étudie les modalités de réhabilitation des terres du Nord pour permettre aux gens de vivre sur leur terre s’ils le souhaitaient. Et on a été expulsés. Malheureusement les autres ONG n’ont pas voulu rejoindre notre position, même lorsqu’elles étaient très critiques par rapport au gouvernement éthiopien, parce qu’elles considéraient qu’elles devaient rester neutres et s’abstenir de toute prise de position.
 
Franc-Parler: Quel est le message principal de votre livre, Humanitaire, le dilemme?
Rony Brauman: C’est que l’action humanitaire doit être pensée comme toute autre forme d’action et que ce n’est pas des automatismes qui permettent à des gens qui ont trop, de donner à des gens qui n’ont pas assez, mais que c’est en réfléchissant à cette action.
 
Février 2001
Propos recueillis: Nobuko Ohsawa



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